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Les anges de Robert Montgomery

octobre 14, 2018

À la galerie Analix, dans la rue … et sur le Chat Perché

© Frédéric Burnand

A la rue de Hesse, un poème lumineux rayonne à travers toute la rue et nous invite à enter dans la galerie. Whenever you see the sun reflected in the window of a building it is an angel ] (traduction: A chaque fois que tu vois le soleil se refléter dans la fenêtre d’un bâtiment, c’est un ange) Ici, la forme fait écho au fond car la nuit tombée, l’oeuvre lumineuse se reflète sur les vitrines des alentours. Dans la galerie, l’artiste nous propose de la poésie comme arme contre la morosité ambiante. Avec ses propres utopies, il remet en cause les crises économiques et écologiques auxquelles nous sommes confrontés. Malgré leur ton rêveur et engagé, ses textes évoquant les problèmes environnementaux et sociétaux ne surfent pas sur la vague healthy-bobo. D’ailleurs dans Modernism isn’t a style (2018) ils nous rappellent bien que le modernisme est un rêve et non un style ou un effet de mode.

Plus loin, on découvre le clou du spectacle: And the Screens (2018) où un poème se pose délicatement sur une composition de Malevitch, Torso (Transformation of a new Image)(1928-29). L’humain et son environnement sont ici le centre de l’œuvre. Le sommet du crâne de l’homme est tronqué, renforçant ainsi son importance, lui donnant l’illusion de sortir de la toile. [ And the screens that circles you like butterflies now // All your tomorrows turned to electric waterfalls. Modernism isn’t a style Modernism is a dream of fair taxation and gender equality, a rise of beauty and kindness / A blind dream of love, a promise of civilisation ] Sans oublier l’utopie d’un monde meilleur où les êtres seraient égaux et vivraient en harmonie avec la nature. Telle une promesse d’un avenir impossible, cette œuvre tente de réveiller un rêve enfoui.

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ABDUL RAHMAN KATANANI : The best border is no border

octobre 12, 2018
Merci à Yazid, merci à tous ceux qui ont soutenu ABDUL RAHMAN KATANANI, artiste franco-palestinien dès aujourd’huile passeport français lui ouvre désormais les portes du monde entier. Vive la France, la culture française et l’art, l’art quand il est nécessité vitale, la culture quand elle est vivante. Liberté, égalité, fraternité — et créativité ! Créativité : Abdul Rahman Katanani, DANS LA FORÊT (la forêt en Meuse en l’occurrence) présente un solo, avec des pièces inédites, au Carreau du Temple la semaine prochaine. Pour obtenir une invitation, merci de contacter barbara.s.polla(a)gmail.com.

Hinterland / Violaine Lochu

octobre 5, 2018

Vernissage le Samedi 06 Octobre 2018 de 18 h à 21 h
06.10 – 17.11.2018  / Galerie Dohyang Lee, 73-75 rue Quincampoix, 75003 Paris

Performance de Violaine Lochu, Magnetic Song, avec Chloé Breillot, le Samedi 06 Octobre 2018 à 19 h

Performance de Violaine Lochu, Fabula, avec Joëlle Lèandre, le Vendredi 09 Novembre 2018 à 19 h

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Le titre de l’exposition, Hinterland, renvoie à l’arrière-pays, un territoire à l’abri des vents et de la mer. Un territoire au sein duquel il est possible de prendre le temps, de se reconstruire. D’un point de vue métaphorique, Hinterland renvoie à ce qui n’est pas immédiatement visible. Il est le paysage arrière, les coulisses, l’intérieur du corps, ses fondations, ses organes et sa mémoire. Car il est ici question du corps. L’artiste en fait un outil, un instrument : le capteur, le récepteur et l’émetteur de langages intuitifs hérités de vies antérieures et/ou de traditions ancestrales. Violaine Lochu est à l’écoute de son corps, de ses expériences, de ses langages et de ses écritures. Les œuvres donnent un accès physique et sensoriel à cette écoute.

Un mouvement s’opère de l’aliénation vers l’autodétermination. « L’intrus m’expose excessivement. Il m’extrude, il m’exporte, il m’exproprie. »1 Son corps est à l’épreuve de violences plurielles : la chimie, le corps médical, les attentes et les injonctions d’une société qui ne ménage pas notamment les femmes. Une expérience que Violaine Lochu a souhaité mettre en espace, en sons et en images. Alors, l’espace même de la galerie est envisagé comme un corps sensible. Un corps puissant en phase de reconstruction. Le travail de réappropriation passe par un refus, celui d’être considérée comme une patiente, une entité passive en attente d’informations, de résultats, de précisions. En lutte contre une dépossession et une objectivisation, Violaine Lochu révèle, non sans humour, l’imaginaire subjectif de son corps. Dans cet état de rêve éveillé, elle décide de visualiser l’ensemble de ses organes et de leur attribuer un chant spécifique. Son corps se transforme alors en un orchestre polyphonique nous renvoyant une vie intérieure agissante, une symphonie singulière à travers laquelle le soin et la reconquête sont pensés par le chant.

Parce qu’elle ne se reconnaît pas dans l’imagerie médicale d’un corps objectivé, Violaine Lochu génère une représentation intime et subjective. Petit à petit, elle procède à un apprivoisement de son corps en s’autofilmant à la go-pro. Telle une archéologue scannant une statuette dont on ne sait plus rien, l’artiste travaille à une reconnaissance, une reconstruction, une reprise de soi. Hannah Wilke écrit : « Pour diffuser les préjugés de soi, les femmes doivent prendre le contrôle, être fières de la sensualité de leurs propres corps et créer ce qu’est la sensualité dans leurs propres termes, sans se référer aux concepts dégénérés par la culture. »2 Le triptyque vidéo participe d’une affirmation, celle d’une maîtrise nouvelle de son corps et de l’image de ce dernier. L’autofilmage est inhérent à sa pratique artistique. Depuis qu’elle a 16 ans, Violaine Lochu filme des fragments de son quotidien. 15 secondes, puis 15 secondes, puis 15 secondes… Montées ensemble, les secondes forment un film (Hinterland – 2018) qui réunit douze années de vie, un journal visuel, sensoriel, sonore. Un récit sans chronologie, « des strates de vie » en coexistence les unes avec les autres. La question du temps est centrale dans sa pratique. L’artiste accorde autant d’importance à ce qui est visible à ce qui ne l’est pas. Elle explore ainsi différentes temporalités mêlant le passé, le présent et le futur pour déplacer les représentations passives du corps féminin. « Je suis préoccupée par la création d’une image formelle qui soit spécifiquement féminine, un nouveau langage qui fusionne l’esprit le corps en des objets érotiques qui à la fois suffisamment abstraits et nommables. Sa teneur a toujours été liée à mon corps et mes sentiments, reflétant le plaisir autant que la douleur, l’ambiguïté et la complexité des émotions. Des gestes humains, des symboles métaphysiques faits d’histoires superposées traduits dans un art proche du rire, faisant l’amour, de mains vibrantes. »3

Violaine Lochu est attentive aux signes, conscients et inconscients, qui bouleversent une mémoire élargie, composée de plusieurs vies réunies en un seul corps. La mémoire corporelle constitue un arrière-pays impossible à cartographier, dont il faut décrypter soigneusement les empreintes, les sensations, les réminiscences, les indices. Dans une pratique régie par l’intuition et l’analogie, l’artiste propose des gestes, des images, des partitions, des éléments d’écritures et de langages inscrits dans une mémoire étendue. Ce travail d’écoute et d’extraction de la mémoire du corps est devenu un moteur d’empathie, de résistance et d’empowerment vis-à-vis d’un système (patriarcal et médical) autoritaire et violent. Un moteur critique qui engage l’artiste au déplacement, à la désobéissance, au cri et à la résilience.

1. NANCY, Jean-Luc. L’Intrus. Paris : Galilée, 2010, p.42.
2. Hannah Wilke: A Retrospective, University of Missouri Press, 1989.
3. Ibid

 

Julie Crenn à Valognes, le 4 août 2018.

Avant Paris, Abdul Rahman Katanani est à Beyrouth

septembre 20, 2018

A Beirut Art Fair, Abdul Rahman Katanani expose avec la galerie libanaise Agial des nouvelles sculptures. En fil de fleur barbelé…

QUE FUT 1848 ?

septembre 18, 2018

22.09.18 – 24.03.19

Avec Julien Berthier, Francis Cape, Harun Farocki, Robert Filliou, Liam Gillick, Mathieu Kleyebe Abonnenc, Rachel Labastie, Sarah Ortmeyer, Jean-Louis Schoellkopf, Allan Sekula, Klaus Staeck, Thierry Verbeke
Commissaire invité : Arnaud Dejeammes

Vernissage le samedi 22 septembre à 17h

FRAC Grand Large — Hauts-de-France
503 Avenue des Bancs de Flandres, 59140 Dunkerque

mer/vend : 14h/18h et le week-end : 11h/19h.
CONTACT
T: +33 (0)3 28 65 84 20
F : +33 (0)3 28 65 84 21
info@fracnpdc.fr

 

Révolutionnaire, l’année 1848 n’a cessé de hanter les artistes jusqu’à ce jour. De la fermeture des ateliers nationaux aux délocalisations, de la révolution industrielle à l’émancipation ouvrière, du droit au travail au droit du travail, l’exposition « Que fut 1848 ? » invite à s’interroger sur ce mitan du XIXe siècle. L’exposition au Frac Grand Large revisite cet héritage souvent oublié à travers un parcours artistique mais aussi historique et littéraire qui s’appuie sur les collections publiques et sur l’histoire de Dunkerque.
À un moment de notre histoire contemporaine, de changement et de redéfinition du travail, l’exposition propose de « ré-activer » 1848 !

L’exposition « Que fut 1848 ? » s’inscrit dans le prolongement d’une réflexion et d’une programmation autour du travail initiées au Frac Grand Large — Hauts-de-France en 2018. En confiant le commissariat d’un nouveau projet à Arnaud Dejeammes (dont les derniers travaux se focalisent sur les pratiques artistiques qui s’emparent de l’économie en tant qu’objet esthétique, matériau ou terrain d’intervention), l’idée a été ici de privilégier un angle d’approche économique, tout en continuant à puiser parmi les œuvres de la collection.

Arnaud Dejeammes

VISITE COMMENTÉE DE L’EXPOSITION
Tous les samedis à 16h30

RENCONTRE AVEC THIERRY VERBEKE
Vendredi 30 novembre à 18h30

RENCONTRE AVEC ARNAUD DEJEAMMES
Dimanche 2 décembre à 15h

LES PROJECTIONS SURPRISES !
Dimanches 28 octobre, 25 novembre et 30 décembre

 

Plus d’informations, ici

LA PRISON EXPOSÉE SUR LE CHAT PERCHÉ

septembre 12, 2018

Aborder la question de la liberté et des droits humains, c’est ce que propose Barbara Polla, commissaire d’une série d’expositions passionnantes sur le thème Art & Prison. Ce nouvel accrochage, réalisé en étroite collaboration avec la prison de Champ-Dollon, plonge le visiteur dans l’univers carcéral. Il met en lumière l’acte de création en présentant notamment des objets conçus par les prisonniers eux-mêmes.

L’exposition célèbre les 40 ans de deux institutions que tout oppose: La prison de Champ-Dollon et la Fondation pour l’Histoire des Suisses dans le Monde qui fête sa quarantième année de présence au Château de Penthes. A l’entrée, le ton est tout de suite donné par une œuvre de Robert Mongomery, mettant en lumière un de ses poèmes évoquant à la fois les prisons réelles et mentales. « Mieux vaut la pluie sur les fenêtres du château que le Château lui-même »  Il nous invite également à nous interroger sur nos engagements: « Mieux vaut être brûlé que capturé ».
Robert Montgomery
Laure Tixier

Résonances

Chaque pièce de l’exposition fait écho à une autre. Dans le couloir, à même le mur, on aperçoit un énigmatique dessin crayonné par Laure Tixier, évoquant les fanons d’une baleine. Mais que cela peut-il signifier? C’est dans la salle suivante, sur l’un des clichés de Victor Fatio, que l’on obtient la réponse: il s’agit du portail de la prison de Champ-Dollon, établissement dans lequel l’intégralité des photographies a été prise. Ici, on est plongé dans l’univers froid et stérile du monde carcéral qui, à plusieurs égards, peut rappeler celui des hôpitaux. Une certaine poésie se dégage pourtant, incarnée sur une image par un brin de verdure, sur une autre par des flocons de neiges… Le photographe a néanmoins pris le parti de ne pas montrer les prisonniers, renforçant ainsi le sentiment d’isolement. On retrouve cette démarche dans le film d’Ali Kazma qui, à la manière de caméras de surveillance, capture les pièces et couloirs d’une prison située à l’est d’Istanbul. Ici aussi: aucune prise de vue frontale des détenus. Leur présence ne peut être décelée que par l’intermédiaire des vidéos de surveillance disséminées dans l’établissement et évoquée que par les objets personnels laissés dans les cellules. Cette absence d’être humain met en exergue ce sentiment de déshumanisation déjà induit par la nature des lieux. Car au fond, toutes les prisons se ressemblent: leur architecture même est conçue pour optimiser le contrôle des détenus et gommer leur individualité. Ce constat est d’autant plus flagrant en observant les œuvres de Laure Tixier. Les formes noires et abstraites accrochées aux murs stimulent notre imagination (que représentent ces symboles?) jusqu’à ce que l’on se rende compte qu’elles sont calquées sur les plans architecturaux de différents lieux de détention.

L’art, ciment de l’humanité

Si l’imagination nous joue parfois des tours, il en est toutefois largement question au sein de l’exposition car elle revêt peut-être pour l’âme humaine – d’autant plus dans des conditions carcérales – de propriétés salvatrices. Une salle expose les créations de prisonniers politiques: des objets conçus durant leur détention à l’insu des gardiens, fabriqués à base de bout de ficelles, de mies de pain et de tout autre matériau récupéré. Ces réalisations qui, réunies ensemble, rappellent étonnamment les arts tribaux, témoignent avec force du besoin fondamental d’expression et apparaissent comme des symboles de résistance. Privés de liberté, privés d’exprimer leur opinion, les détenus trouvent dans la création un moyen de survivre. Les témoignages poignants de ces détenus, capturés par Joana Hadjithomas & Khalil Joreige sont diffusés sur deux écrans.

Victor Fatio
Ali Kazma

Curiosités carcérales

Les dessins de Patrick Tondeux, dessinateur de presse, nous invitent à observer les détenus de la prison de Champ-Dollon dans leur vie quotidienne. La technique du dessin permet de poser un regard affranchi du sentiment d’intrusion dans leur sphère privée tout en dévoilant leurs portraits. La visite se termine par une salle exposant les objets créés par des détenus de la prison de Champ Dollon. Pour la plupart, ces objets ont été confisqués car contraires au règlement de l’établissement. Le contexte est ici complètement différent de celui des prisonniers politiques. Les objets créés avec ruse sont utilitaires et non plus purement artistiques. Présentés presque tels que dans un cabinet de curiosités, ils témoignent de la vie en prison et de l’ingéniosité dont font preuve certains pour échapper au cadre qui leur est imposé.

Que ce soit par le regard extérieur d’artistes ou par celui des personnes incarcérées, l’art ici présenté nous interroge sur la condition humaine, mettant en lumière l’humanité qui réside en chacun. L’exposition offre au visiteur une multitude d’angles de vues sur un thème souvent ignoré – peut-être par commodité – remettant en question le concept même d’enfermement. Une expérience enrichissante à vivre soi-même jusqu’au 15 décembre 2018 au Château de Penthes. La prison exposée: Champ-Dollon à Penthes jusqu’au 15 décembre 2018 Chemin de l’Impératrice 18 1292 Pregny-Chambésy http://www.penthes.ch/musee
Laure Tixier
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Robert Montgomery : burn out

septembre 7, 2018

Robert Montgomery, “And the screens that circle you like butterflies now”, Analix Forever, Genève. A partir du 13 septembre 2018.

Robert Montgomery expose chez Analix Forever ses plus récents travaux .La peinture y est considérée comme un palimpseste. Celui qui a commencé sa carrière comme peintre plus « classique » (exposé entre autres au Museum of Fine Arts de Houston), pour ses nouvelles peintures Montgomery retravaille les compositions de Malevitch (ce qu’il pratique depuis longtemps). Il y superpose des inserts poétiques actifs.

Pour le peintre américain le « Modernisme » de Malevitch n’est pas un style mais une morale à laquelle il ajoute ses propres utopies inhérentes à notre époque de crise sociale et écologique. Il revendique la poésie visuelle contre le consumérisme, la douceur face à la peur et la haine afin que son néo-« Modernisme » s’élève contre le « trumpisme ». Par ses photographies et ses panneaux de « poésies de feu », l’artiste trouve dans un dispositif de communication directe avec ceux et celles qui lisent ses textes en ignorant éventuellement tout de l’art.

Pour parvenir à ses textes terminaux l’artiste « écrit comme un fou » puis trie. Il ne garde que ses « manifestes idéalistes » capables de faire réagir ceux qui sont désolés ou révoltés par l’état du monde. L’artiste trouve ainsi un ton, une voix pour ce qui engage à une « conversation inconsciente collective ». Pour la survie de l’existence humaine, l’artiste pratique la créativité́, l’amour afin que disparaissent le marais des politiques et des technologies et celui des jeux de pouvoir parsemé́ de feux follets. Bref Montgomery ne s’accommode pas du monde tel qu’il est : il le fustige.

Jean-Paul Gavard-Perret

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