Aller au contenu principal

Elle s’appelait Gratitude – Gratitude was her name

avril 4, 2020

Dans cette exposition intitulée « La Puissance et la Grâce – Innergy », Mimiko Türkkan expose aussi une œuvre extrêmement personnelle : une série de 198 Polaroïds de sa grand-mère. Ces photos ont été prises la dernière année de la vie de « Gratitude » – Gratitude était le prénom de feu la grand-mère de Mimiko. Photographies prises en plein consentement : Gratitude prenait plaisir à poser, à être modèle, plus encore pour l’artiste que pour sa petite-fille. Gratitude a inspiré Mimiko Türkkan par sa puissance et par sa grâce. Transmission généalogique de puissance, transmission de mère à fille, à fille encore, dont témoigne la dernière série de photographies dans l’exposition, un portrait de Gratitude, une photographie du corps de la mère de Mimiko, un corps blessé, et un autoportrait majestueux.

Gratitude était son nom
Gratitude je ressentais pour elle
Et je voulais qu’elle le sache
Je n’ai pas grand-chose à dire
Je n’ai pas pris la dernière photographie
Si je l’avais prise, je serais une autre personne aujourd’hui
Ou peut-être je l’aurais prise si j’avais été une autre.
Cette photographie inexistante est devenue l’un des moments décisifs de mon existence
La dernière photographie est absente. Comme elle désormais.
Peut-être est-ce là toute l’histoire.

 
Sukran : Gratitude 

In this exhibition entitled “Power and Grace – Innergy”, Mimiko Türkkan exhibits also an extremely personal work: a series of 198 Polaroids from her grandmother. These photos were taken in the last year of Gartitude’s life – Gratitude was indeed Mimiko’s late grandmother name. These photographs werev taken with full consentment: Gratitude enjoyed posing, being a model, even more so for the artist than for her granddaughter. “Gratitude” then inspired the artist with her power and grace. We are witnessing a kind of genealogical transmission of power, a transmission from mother to daughter, to daughter again, as evidenced by the last series of photographs in the exhibition, a portrait of “Gratitude”, a photograph of the body of Mimiko’s mother, and a majestic self-portrait.

Gratitude is what her name meant
Gratitude is what I felt for her
and I wanted her to know that
I have not much to say
I did not take the last photograph
If I did, I would have been a different person now
Or maybe I would have taken is if I were a different person
That non-existent photograph became one of my decisive moments
The last photograph is absent, the same way she is.
Maybe that’s the whole story.

 

Teri Erbes_Mimiko_2012

Mimiko Türkkan dans la robe de Gratitude, 2012 © Teri Erbes

Parce que le corps est beau à tout âge, les photographies « single » du coffret Pudica encore disponibles sont en vente pour 200 euros et toutes les photographies de la série Innergy pour 800 euros chacune, le temps d’un weekend seulement ! Renseignements : barbara.s.polla(@)gmail(dot)com

And because the body is beautiful at any age, only during this weekend, the “single” photos of the Pudica set still available are on sale for 200 euros and all photographs of Innergy series for 800 euros each ! Information : barbaras.s.polla(@)gmail(dot)com

Mimiko Türkkan – Présentation

 

Mimiko Türkkan_Innergy #1_2019_30 x 40 cm_éd. 1:3_© Mimiko Türkkan

Mimiko Türkkan, Innergy #1, 2019, 30 x 40 cm, éd. 1/3 © Mimiko Türkkan


 

Chronique d’une boxeuse – Episode #05

avril 3, 2020

POURQUOI LA BOXE THAI

 
Barbara Polla : Pour finir, Mimiko, j’aimerais que tu nous dises : pourquoi la boxe thaï ? Une question que je me réjouis, plus tard, de poser également à Dana Hoey, puisque toutes les deux, sans vous connaître encore, avez choisi de pratiquer, de photographier et de transmettre cette discipline très spécifique. Pourquoi la boxe thaï ? Qu’a-t-elle donc de si particulier ?

Mimiko Türkkan : La boxe thaï inclut le corps tout entier, elle inclut toutes les autres boxes, elle est le témoin d’une culture tout entière. La boxe thaï est beaucoup plus riche que le Kick boxing, même s’il y a des ressemblances. D’ailleurs j’ai d’abord commencé avec le Kick boxing. Dans la boxe Thaï j’aime le fait que l’on puisse, que l’on doive se servir de la totalité du corps. La boxe Thaï contient aussi en elle toute une évolution : d’un sport martial elle est devenue aujourd’hui un sport de combat, national, avec ses règles et ses interdictions. Par exemple, à un moment donné de son histoire, l’empereur lui-même a décidé que certains coups à potentiel mortel élevé devaient être interdits.

Une autre chose que j’ai découverte, quand je suis allée en Thaïlande et que j’ai photographié d’une part les jeunes boxeurs, et d’autre part des prostituées, c’est que dans ce pays, quiconque gagne de l’argent pour la famille est respecté. Le travail du corps est respecté, quand il est lucratif, et que l’on soit boxeur ou que l’on offre des services sexuels, cela ne fait pas de différence puisque dans les deux cas l’individu gagne sa vie, et probablement celle de ses proches, avec le travail de son corps. C’est une approche qui induit le respect du corps, et le respect de son travail, quel qu’il soit.
 

WHY THAI BOWING

 
Barbara Polla: Finally, Mimiko, we would like you to explain to us: why Thai boxing? I am also looking forward, later, to ask the same question to Dana Hoey, since both of you, without knowing each other yet, have chosen to practice, photograph and transmit this very specific discipline. Why Thai boxing? What is so special about it?

Mimiko Türkkan: Well, Thai boxing includes the whole body and all the other types of boxing. Furthermore, Thai boxing is a witness of a whole culture. Thai boxing is richer than Kick boxing, even if there are some similarities. In fact, I initially started with Kick boxing but I soon preferred Thai boxing because in Thai boxing, you can and you have to use your whole body. Thai boxing also contains its own evolution from a martial sport to a national combat sport, with its rules and its prohibitions. As an example, the emperor himself decided at a certain time point of history that certain punches with a high mortal potential should be banned.

Another thing I discovered when I went to Thailand and photographed both young boxers and adult prostitutes, is that in this culture, anyone who earns money for the family is respected. The work of the body is respected when it is lucrative, and whether you are a boxer or you offer sexual services, it makes no difference: in both cases the individual earns his living, and probably the one of his family, with the work of his body. This approach induces respect for the body, and respect for its work, whatever it is.
 

Chronique d’une boxeuse – Episode #04

avril 2, 2020

Dana Hoey_Fighters
 
Mimiko Türkkan et Dana Hoey exposent toutes deux à Analix Forever, dans l’exposition « La Puissance et la Grâce ». Elles sont toutes deux artistes et boxeuses.

Le travail de Dana Hoey se distingue de celui de Mimiko Türkkan non seulement du point de vue artistique, mais aussi par son orientation. En effet, le travail de Dana Hoey, tout en étant esthétique, comme celui de Mimiko, est aussi et surtout politique. Dana Hoey est aussi une personnalité très différente, sa puissance physique est perceptible au premier regard, elle est impressionnante, son langage corporel très explicite. Comme Mimiko, elle porte en elle rage et violence, en lien avec son vécu personnel d’adolescente et de jeune femme, mais ce vécu est plus lointain, elle est d’une autre génération que Mimiko, et son vécu a eu le temps de se transformer en un engagement autre, politique justement.

Dana Hoey est aujourd’hui une photographe très reconnue aux Etats-Unis, surtout dans le monde académique de l’art, plus que sur ce qu’on appelle le marché de l’art : même quand elle expose dans la galerie Petzel, elle organise autour de ses œuvres des échanges artistiques et théoriques avec d’autres femmes engagées. Avant de travailler sur la boxe, de la pratiquer, de la filmer, de la photographier et de l’enseigner, Dana Hoey a pendant des années photographié des femmes, toujours dans des situations ambiguës, il y a toujours dans ses images quelque chose qui « ne va pas », une question, un geste en cours, dont on ne comprend pas s’il est violent ou ludique, et le regard captivé du spectateur s’interroge, que va-t-il se passer ? Il y a aussi cet autoportrait d’elle, une icône désormais, où on la voit avec des yeux au beurre noir ; Can’t Wait to Hit You in the Face devient le titre d’un article de Cornell University qui reprend cette photo.

Une autre des photos iconiques de Dana Hoey qui a à voir avec la puissance de la femme : Clarissa Dalrymple, que tout le monde connaît à New York, femme remarquable du monde de l’art, est ici photographiée dans son manteau de fourrure ; à ses côtés, sur le canapé, est installé un homme nu. Une image qui inverse la relation habituelle à la nudité des corps masculins et féminins.

La semaine prochaine, nous parlerons ici plus en détail de Dana Hoey, du confinement que génère le corps et son « genre biologique » – et comment de ce confinement peut émerger une forme de liberté.
 


Mimiko Türkkan and Dana Hoey are both exhibiting at Analix Forever, in the current show entitled “Power and Grace”. They are both artists and boxers.

Dana Hoey’s work though differs from that of Mimiko Türkkan not only from an artistic point of view, but also by its orientation. Indeed, the work of Dana Hoey, while being aesthetic, like that of Mimiko, is also and above all political. Dana Hoey is also a very different personality, her physical power is perceptible at first glance, she is impressive, her body language very explicit. Like Mimiko, she carries rage and violence within her, in connection with her personal experience as a teenager and young woman, but this experience is more distant, she is of another generation and her experience has had time to transform into this political commitment. Dana Hoey is now a very recognized photographer in the United States, especially in the academic world of art, more than on what is called the art market: even when she exhibits in the Petzel gallery, she organizes around her works artistic and theoretical exchanges with other committed women.

Before working on boxing, practicing it, filming it, photographing it and teaching it, Dana Hoey has for years photographed women, always in ambiguous situations, there is always in her images something strange, a question, a gesture in progress, which we do not understand if it is violent or playful, and the captivated gaze of the spectator wonders, what will happen next? In one of her iconic self-portrait we see her with black eyes; Can’t Wait to Hit You in the Face became the title of an article by Cornell University that features this photo.

Another of Hoey’s iconic photos that has to do with the power of women features Clarissa Dalrymple, whom everyone knows in New York, a remarkable woman in the art world, pictured in her fur coat; besides her, on the sofa, a naked man. An image that reverses the usual relation to nudity of male and female bodies.

Next week, we will be talking more about Dana Hoey, about the confinement that the body and its “biological gender” generates – and how freedom may emerge from that and other confinements.

Chronique d’une boxeuse – Episode #03

avril 1, 2020

Pole Dance

FASCINATION ET ESTHETIQUE

 
Mimiko Türkkan : J’ai vraiment une fascination pour le corps humain, j’adore voir, regarder, observer tous ses mouvements dans le sport et dans la vie. Dans la boxe en particulier je trouve une esthétique qui me séduit et sur laquelle je travaille. C’est la spécificité, je pense, de mon regard sur la boxe, mais aussi sur la pole danse, ou d’autres pratiques.

Barbara Polla : Mimiko Türkkan nous explicite avec ces deux mots, fascination et esthétique, ce qui fait son approche singulière du corps dans son art, qu’il s’agisse de son propre corps ou du corps de l’autre, des autres. C’est aussi dans cette double approche de fascination et d’esthétique que s’inscrit cette autre série, celle consacrée à la pole dance. Une pratique souvent considérée comme avant tout sexuelle, mais qui est en réalité une pratique extrêmement exigeante physiquement, qui demande beaucoup de force et d’entraînement. Selon son habitude, pour explorer ce monde spécifique et photographier celles qui pratiquent la pole dance, Mimiko a commencé par apprendre à la pratiquer. Son engagement personnel et physique est d’une certaine manière garant de la qualité des images prises, des images autant données que prises, en toute complicité, dans un consentement mutuel. Tout en sachant que constamment la photographe questionne ce consentement : un consentement donné à un moment donné vaut-il consentement toujours – même lorsque la photographie vit une vie totalement déconnectée du moment de sa « prise » comme du moment du consentement ?
 

Cher(e)s ami(e)s des arts, cher(e)s artistes,

Pour la première fois en 29 ans de galerie, nous vous proposons sur internet les prix et des réductions. Il y a une première fois à tout, et c’est le bon moment ! Tout le monde parle de nouvelles solidarités. Aidons les artistes les plus talentueux à survivre ! Notre « Million Dollar Artist », la photographe et boxeuse Mimiko Türkkan est l’une d’entre eux.

Regardez ses oeuvres, offrez-vous la joie d’en posséder une ou plusieurs et faites l’investissement le plus judicieux pour vous.
Des réductions sont offertes jusqu’au 25 avril. Enjoy!
Et ceci n’est pas un poisson d’avril!
 
Mimiko Türkkan – Présentation


 

FASCINATION AND AESTHETICS

 
Mimiko Türkkan: I really have a fascination for the human body: I love to see, watch, observe all its movements in sport and in life. In boxing in particular, I find an aesthetics that seduces me and on which I am working. This is the specificity, I think, of my gaze on boxing, but also on pole dance, or other practices.

Barbara Polla: With these two words –fascination and aesthetics– Mimiko Türkkan explains us what makes her approach to the body in her art so special, whether it is her own body or the body of the other, of others. It is also from this dual approach of fascination and aesthetics that stems this other series, the one dedicated to pole dance. Pole dance is often considered first of all as a sexual practice, but in reality, it is an extremely demanding physical practice, requiring a lot of strength and training. As she always does, in order to explore this specific world and to photograph those who practice pole dance, Mimiko started by learning herself how to practice it. The artist’s personal and physical commitment to pole dance becomes a warrantee of the quality of the images taken, images that are as much given as taken, with mutual consent and complicity between the photographer and her models. Mimiko Türkkan though constantly questions this consent: is a consent given at a given moment always worth consenting, even when the photograph lives henceforth a life totally disconnected from the moment of its « taking » as well as from the moment of consent?
 

Dear friends of the arts and the artists,

For the first time since 29 years that the gallery exists, let us offer you prices and discounts on the internet. It is a good time for a first time! Everybody speaks about new solidarities. Let us help survive the most talented artists! Our Million Dollar Artist, the photograph and boxer Mimiko Türkkan, is one of them.

Please look at her works, offer you the joy of owning some of them, and make the smartest investment — both for art and for return on investment.
Discounts are offered until April 25. Enjoy!
And it is no April fool!
 
Mimiko Türkkan – Présentation

Chronique d’une boxeuse – Episode #02

mars 31, 2020

INNERGY

 
Barbara Polla : Mimiko, nous parlons beaucoup de puissance toutes les deux, et de pouvoir. J’aime que la langue française ait deux mots pour ces deux concepts si différents, si bien décrits par Spinoza : le pouvoir qui prend, qui cherche à prendre, émotion triste, émotion vide ; la puissance qui donne, qui partage et se partage, émotion de joie, émotion pleine. Le pouvoir, non, la puissance, chez toi, s’exprime dans la boxe, par la transmission notamment ; mais aussi bien sûr dans ton travail d’artiste. Et ici, dans cette nouvelle série, que tu as magnifiquement intitulée « Innergy », c’est à la puissance des autres que tu t’intéresses, à la puissance des femmes, et à comment la représenter, loin de tout stéréotype.

Mimiko Türkkan : Cette distinction que tu fais, entre puissance et pouvoir, je la ressens avec acuité, désormais, chez les personnes que je regarde, que j’observe, que je photographie. Le regard est souvent porté sur les gagnants ; mon regard, ici, va davantage vers la puissance qui ne se révèle pas, ou pas encore, ou peut-être ne se révélera jamais, dans le fait de « gagner ». Une puissance qui se révèle, plutôt, dans une manière d’exister.

Barbara Polla : Oui, c’est exactement ce que tu montres dans cette série : des indices, des indices de cette puissance féminine si délicate à définir. Cette série est passionnante pour cela entre autres, au-delà de ses qualités d’images : elle cherche à mettre en évidence une puissance à la fois organique et subtile, intemporelle et quotidienne, légère et profonde, de corps et de pierre, éblouissante et discrète. Un aspect particulièrement intéressant est l’importance des mains. Les mains qui nous ramènent à la boxe… et au fait d’être porteuse, en tant que femme, de cette force, sans forcément la montrer, mais en la faisant « sentir ». C’est quelque chose que je souhaiterais à toutes les femmes : savoir porter la réalité et la conviction de notre puissance physique et de notre agilité.
 

INNERGY

 
Barbara Polla: With Mimiko, we both talk a lot about power. The French language has two words for power, both of them well decscribed by Spinioza but both translate as power in English… There is the “usual“ concept of power, the power that takes, that seeks to take, which Spinoza describes as a sad emotion, an empty emotion – but then, there is the power that gives, that shares, the “empowerment“, an emotion of joy, which the American writer Starhawk calls “the power from within”. This power fron within, you, Mimiko, you express it in boxing, in particular through the transmission; but also of course in your work as an artist. And here, in this new series, which you have beautifully entitled “Innergy”, you are interested in the power of others, the power of women, and how to represent it, far from any stereotype.

Mimiko Türkkan: This distinction that you make, between power and “power from within”, I feel it with acuity, in the people I look at, I observe, I photograph. We often look at the winners; my gaze here goes more towards the power which does not reveal itself, or not yet, or perhaps never will reveal itself, in the fact of “winning“. A power that reveals itself, rather, in a way of existing.

Barbara Polla: Yes, that’s exactly what you’re showing in this series: hints, clues of that feminine power that is so difficult to define. This series is fascinating for that, among other things and beyond its visual qualities: it seeks to highlight a power that is both organic and subtle, timeless and mundane, light and deep, dazzling and discreet, made of flesh and of stone. A particularly interesting aspect is the importance of the hands. The hands that bring us back to boxing … and to hold that strength, as a woman, without necessarily showing it as evidence, more as a feeling. This is something I wish to all women: the inner conviction of our physical power and our agility.
 

Chronique d’une boxeuse – Episode #01

mars 30, 2020

Mimiko Türkkan, artiste, photographe, auto-entrepreneuse fait de la boxe depuis l’âge de vingt ans. Chronique d’une boxeuse, c’est cinq épisodes d’une conversation entre Mimiko Türkkan et Barbara Polla dans le cadre de notre exposition « Le Pouvoir et la Grâce ». Un épisode par jour, du lundi 30 mars au vendredi 3 avril, dès 14h. English bellow.

POUQUOI LA BOXE ?

 
Barbara Polla : Ma première question, Mimiko : pourquoi as-tu commencé à faire de la boxe ?

Mimiko Türrkan : Déjà quand j’étais toute petite, j’avais un intérêt pour les femmes combatives, pour les personnalités et les caractères forts, dans les bandes dessinées notamment, je trouvais ce genre de femmes et cela me ravissait. Et puis quand j’ai commencé, que j’ai eu mes premières expériences d’entraînements de boxe, j’ai tout de suite compris que je tenais là quelque chose de très important pour moi, qui me correspondait profondément. C’était ce que je devais faire. Au début, il me semblait surtout que j’avais besoin de canaliser une sorte de violence, une rage intérieure que je devais extérioriser, de manière à éviter l’autodestruction. La boxe me permet réellement d’externaliser certains sentiments, de les déplacer à l’extérieur de moi, dans le cadre d’une activité réglementée. De les transformer en quelque chose de productif.

Barbara Polla : C’est très particulier, chez toi, Mimiko, cette association de violence, voire de rage intérieure comme tu l’appelles, avec ton caractère, ce que tu montres et que tu donnes dans les interactions de chaque jour, ta grande douceur, ta disponibilité, ton extrême gentillesse – mais il est vrai qu’en chacun de nous, ces sentiments existent, de violence, de rage… dans ton cas, ton caractère clément fait que ces sentiments, si je comprends bien, non seulement tu les gardes à l’intérieur de toi mais tu les repousses encore plus profond – sauf dans la boxe – et peut-être dans l’art ? Peux tu nous expliquer ton rapport à la compétition, ton rapport à l’enseignement de la boxe, et au combat surtout – un rapport qui me semble particulièrement complexe ?

Mimiko Türkkan : Je n’ai jamais été vraiment attirée par le combat. Par la boxe, l’énergie, l’extériorisation, l’entraînement, le partage avec d’autres femmes dans l’enseignement, oui. Mais pas le combat. Gagner, perdre, ce sont des notions qui ne me touchent pas vraiment. Et cela même si, bien sûr, dans les combats de boxe, il y a cette notion de consentement : je consens de taper, je consens à me faire taper. Malgré les règles du jeu, malgré ce consentement « officiel », je ne voyais pas pourquoi je me laisserais frapper par l’autre, ni pourquoi je la frapperais. Je ne voulais pas que la boxe, qui m’a aidée à sortir de l’autodestruction, m’y reconduise. Je voulais me détacher complètement de cette possibilité. Néanmoins, à un moment donné, je me suis dit, il faut que je vive cette expérience, aussi, sinon je vais le regretter plus tard. J’avais trente ans et dans quelques années, me suis-je dit, ce sera trop tard. J’ai donc approché le combat comme une expérience, une expérience qu’il me fallait éprouver. D’ailleurs, toute la période de préparation à la compétition a été particulièrement riche pour moi, en termes de d’introspection et de réalisation.

Barbara Polla : Revenons, alors, à cette expérience, cette unique expérience pour toi de compétition et de combat.

Mimiko Türkkan : C’était en 2013, dans le cadre de la compétition nationale de Turquie. C’était les matches éliminatoires. J’en ai fait deux et après le deuxième j’ai été éliminée. Je me souviens de tout avec grande précision. C’était tellement bizarre de me dire que je allais sur le ring avec quelqu’un qui, bien sûr, était d’accord, mais j’avais l’impression qu’elle était beaucoup plus débutante que moi, plus fragile et juste avant qu’on arrête le match je me disais ; mais enfin pourquoi est-ce que je tape cette fille ? Et quand je repense à ce moment-là, je réalise que dans le cadre du combat, je n’étais pas capable de me connecter à ma violence, à ma rage intérieure, alors que cette connexion est indispensable à son extériorisation triomphante dans le cadre d’un combat. Pour gagner on doit d’une façon ou d’une autre se mettre en relation avec cette rage, se connecter avec elle, et moi je n’en étais pas capable, pas dans ce contexte. En revanche, le lendemain, je monte sur le ring avec une autre fille, je ne la connaissais pas non plus, mais quand je l’ai regardée j’ai tout de suite senti, compris, qu’elle, elle était bel et bien connectée à sa violence intérieure, qu’elle elle voulait gagner, qu’elle allait gagner. Et pendant le match je me demandais pourquoi et comment je m’étais mise dans cette situation, pourquoi je me laissais frapper ainsi. Et j’ai été éliminée. J’étais et je suis satisfaite d’avoir vécu cette expérience.

Barbara Polla : Et aujourd’hui, en 2020, sept ans plus tard, comment vis-tu ton rapport à la boxe ? Et que transmets-tu, aux personnes à qui tu enseignes la boxe ?

Mimiko Türkkan : J’aimerais d’abord préciser que faire une compétition, un combat, cela représentait pour moi une manière d’exprimer ma puissance ou mon pouvoir, je ne sais pas exactement, cela m’est difficile de dire lequel des deux – une capacité de vaincre, une force, celle de me tenir debout face à des obstacles, à des individus, et cela c’était un rêve, j’aurais désiré, vraiment, pouvoir être cette personne qui réussit, mentalement, à se mettre dans la situation de gagner – car c’est un jeu mental que de se dire, j’ai envie de gagner, je veux gagner. Mais je ne suis pas capable de le faire. Alors je me suis dit qu’on n’est pas tous obligés de se définir par rapport à cette capacité de gagner. Il y a d’autres manières de se définir et de se sentir puissant. C’est cela, entre autres, que j’essaie de transmettre à celles et ceux avec qui je partage mes connaissances de boxeuse. C’est la découverte, aussi, du réel potentiel de puissance du corps de la femme, un potentiel presque toujours sous-évalué, diminué par rapport à la réalité, voire bridé : sa réelle force physique et son agilité. Finalement, j’aime partager les connaissances que j’ai acquises par la transmission, l’enseignement, je prends plaisir à ce genre de partage, à être témoin de l’évolution des femmes à qui j’enseigne la boxe. C’est beau.
 

WHY BOXING ?

 
Barbara Polla: Mimiko please, could you start by telling us why and how you started boxing?

Mimiko Türkkan: Since I was a little girl, I had an interest in combative women, in strong personalities and characters. I was looking for them, around me and in comics. This kind of women delighted me. And when I had my first experience in boxing training, I immediately understood that I had could find in boxing something very important for me, something that deeply corresponded to me. I understood that this was what I had to do, to grow.

It seemed to me that boxing would help me to externalize and channel the kind of violence I had inside me, my inner rage, so as to avoid self-mutilation. Boxing really allows exteriorizing certain feelings and to transform them into something productive.

Barbara Polla: The association of violence, of internal rage as you call it, together with your sweet and soft character, your extreme kindness, is something very peculiar in you, Mimiko. Because of this character, if I understand correctly, not only did you keep these feeling inside of you, even more so you pushed them even deeper, further away – except in boxing and perhaps in art? Could you now explain to us your relationship to competition, to combat, and also to the teaching of boxing – a relationship that seems particularly complex to me.

Mimiko Türkkan: I was never really drawn to the fight. To training, sharing with other women in education, yes. But not to the fight. Winning, losing, these are concepts that do not really affect me. Of course, in boxing fights, there is a notion of consent: I agree to hit, I agree to get hit. But despite the rules of the game, despite this “official” consent, I couldn’t see why I would let myself get hit by the other, nor why I would hit her. I didn’t want boxing, which helped me out of self-destruction, to take me back. I wanted to detach myself completely from this possibility. Nevertheless, at some point, I said to myself, I must live this experience, too, otherwise I will regret it later. I was thirty years old: in a few years, I told myself, it will be too late. So I approached combat as an experience, an experiment that I had to live. And the whole period of preparation for competition has been particularly rich for me, in terms both of introspection and achievement.

Barbara Polla: Let’s go back, then, to this experience, this unique experience that was for you competition and combat.

Mimiko Türkkan: It was in 2013, as part of the national competition in Turkey. I did two playoff games, after the second one I was eliminated. I remember everything with great precision. It was so weird to realize that I was going to the ring with someone who, of course, agrees, but whom I felt so much more fragile and more of a beginner than me, and just before we stopped the match I said to myself but finally why do I hit this girl? And when I think back to that moment, I realize that in the context of combat, I was not able to connect to my violence, to my inner rage, while this connection is essential for its triumphant exteriorization in the framework of a fight. In order to win you have to somehow get in touch with this rage, connect with it, and I was not able to, not in this context. The next day, I got into the ring with another girl, whom I did not know either, but when I looked at her immediately I could feel and understand that she was indeed connected to her inner violence, she wanted to win and she was going to win. And during the match I wondered again, why and how I got into this situation, why I let myself get hit like this. And I was eliminated. I was, and I still am, quite satisfied to have lived this experience.

Barbara Polla: And today, in 2020, seven years later, how do you see your relationship with boxing? And what do you pass to the people you teach boxing?

Mimiko Türkkan: First of all, boxing represents for me a way of expressing my power, a capacity to conquer, the force of standing up in the face of obstacles, of individuals, and that has always been like a dream. I really wanted to be that person who mentally succeeds in getting into the winner’s situation. It is a great mental game to be able to tell yourself, I want to win, I will win. But as I am not able to do that, I convinced myself that we all don’t have to define ourselves in terms of this ability to win. There are other ways to feel powerful. And this is exactly what, among others, I try to pass on to those with whom I share my boxing knowledge: the discovery of the real power potential of women’s body, a potential that almost always is undervalued, undermined, diminished as compared to reality, i.e., our real physical strength and agility. Finally, I like to share, through transmission and teaching, the knowledge that I have acquired, I take pleasure in this kind of sharing, it is a great satisfaction to witness the evolution of the women to whom I teach boxing. It is beautiful.

ANALIX IS FOREVER, GRACE WILL TRIUMPH, AND THEY TALK ABOUT IT!

mars 27, 2020
Guillaume de Sardes_Sans titre_de la série Retour à Beyrouth_40 x 60 cm_Inkjet Print_éd. 1:7_© Guillaume de Sardes

Guillaume de Sardes, de la série Retour à Beyrouth, Inkjet Print, éd. 1/7 © Guillaume de Sardes

« Les images de Guillaumes de Sardes ne sont pas figées, elles racontent une histoire dont on attend le dénouement. Chaque capture suggère que quelque chose va se passer ou est en train de se produire. Les prises de vue du photographe et écrivain français nécessitent une lecture plus suggestive. Le spectateur peut projeter ses propres attentes dans le cliché, permettant d’avoir ainsi une suite différente selon l’imaginaire de chaque personne {…} » Pour lire l’article du Chat Perché en entier, cliquez ici

Discover, enjoy and share the exhibition « Grace and Power » also through Le Point Contemporain, Slash and Art Critique.

Vue d’exposition_©Mimiko Türkkan, 2020_Courtey Analix Forever (07)

%d blogueurs aiment cette page :