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La prison exposée à Penthes- prolongée jusqu’au printemps 2019

décembre 4, 2018

Que ce soit par le regard extérieur d’artistes ou par celui des personnes incarcérées, l’exposition La prison exposée, Champ-Dollon à Penthes tente de nous interroger sur la condition humaine et de mettre en lumière l’humanité qui réside en chacun. L’exposition est prolongée jusqu’au printemps 2019 et accueille un nouvel artiste : Jhafis Quintero avec sa série vidéo Ten years In Jail.


Les territoires repliés (suite) : les vidéos d’Ali Kazma et de Joana Hadjithomas & Khalil Joreige.

Les vidéastes proposent leur regard sur l’enfermement dans le champ de l’exposition organisée par Barbara Polla : « LA PRISON EXPOSEE, Champ-Dollon à Penthes » ( Château de Penthes, Genève, du 25 avril 2018 au 30 octobre 2018.) Les créateurs ont posé ou introduit leurs caméras là où il n’existe ni vent ni voile. Les corps sont forcément happés par un certain viatique du néant. Les vidéos renvoient de la concentration carcérale vers une autre concentration. Celle du regardeur qui est soudain « sorti » du flux habituel des images courantes.

Ces vidéos soulignent l’universalité de beaucoup d’aspects de la prison, de son espace-temps spécifique (Ali Kazma) ou de la création de système d’existence envers et contre tout (Joana Hadjithomas & Khalil Joreige). Les deux films de ces derniers – « Khiam » (prison naguère située dans la zone du Liban occupée par Israël et par sa milice supplétive) – montrent 6 anciens détenus, assis sur une chaise et qui parlent en fixant la caméra. Existe une forme d’expérimentation sur le récit (en particulier dans le premier film) : l’image se reconstitue par lui. Comme se reconstruisent – dans le second et par les mêmes ex-détenus retrouvés quelques années plus tard – la prison désormais détruite, une mémoire et un imaginaire.

La vidéo « Prison » (filmée en Turquie) d’Ali Kazma est un travail de résistance compris par l’artiste comme celui du corps en tant que dernier « lieu » de préservation de l’individualité, de la lutte contre le pouvoir et l’uniformisation. Ali Kazma filme non des prisonniers, mais l’architecture carcérale afin de montrer la contrainte que la prison impose au corps afin de limiter ses mouvements selon une manipulation calculée. « La discipline fabrique ainsi des corps soumis et exercés, des corps dociles » écrit Barbara Polla. La violence subie est donc montrée par deux biais différents. Les vidéos s’appuient sur la vue de ce qui a été vécu et qui demandent aux détenus une lutte perpétuelle pour la survie.

Jean-Paul Gavard-Perret

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