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La possibilité d’un commencement

novembre 26, 2018

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Vernissage le mardi 27 Novembre, 19h
Avec Régis Figarol, Raymundo et Guillaume Varone
En présence des trois artistes et de Jean-Philippe Rossignol, écrivain et commissaire de l’exposition DEBUT

2 rue de Hesse, 1204, Genève

 

Une histoire de visages, de corps et d’élan

« Tu as, si tant est que cette possibilité existe, la possibilité de faire un commencement. Ne la gaspille pas. Si tu veux pénétrer en toi, tu n’éviteras pas la boue que tu charries. Mais ne t’y vautre pas. »

Franz Kafka, Journal, 15 septembre 1917

Le commencement, l’engagement, l’élan : la pensée de Kafka est vivante et nous parle. Plus de cent ans après que l’écrivain de Prague ait noté ce fragment dans son Journal, j’ai la sensation que la « possibilité de faire un commencement » se présente à la galerie Analix Forever à Genève. Commencement, début, naissance, départ, amorce, seuil, prémices, origines, aube, aurore, enfance… l’infini du langage est disponible à ceux qui veulent commencer quelque chose. Les artistes ont cette force : ils débutent. Et c’est même à cela que nous les reconnaissons. S’ils ont des choses à dire, tout au long d’une vie, ils sont capables de renaître, de ne pas en rester là, de réinventer les frontières et la cartographie de leur création. Cela ne tient pas à la réalité d’une époque en particulier, ça traverse les siècles, c’est un phénomène que nous pouvons nommer transclasse, selon ce mot forgé et théorisé aujourd’hui par la philosophe Chantal Jaquet. Spécialiste de Spinoza et des liens entre corps et esprit, Chantal Jaquet analyse plus précisément les expressions de la puissance d’agir. Si le domaine de la philosophe concerne en premier lieu la philosophie du corps et les sciences sociales, je souhaite élargir son concept et poser le premier jalon d’une réflexion sur la matière du transclasse dans l’art. À mon sens, être un artiste implique de passer les frontières en dépit de la reproduction sociale. Cela se caractérise par une conscience sur-aiguë, qu’elle soit visible ou non, entre une singularité et le temps historique. Être un artiste, c’est ne pas se contenter du temps historique. C’est l’expérience de Dante, Purcell, Le Caravage, Artemisia Gentileschi, Arthur Cravan, Joyce, Schönberg, Sonia Delaunay, Mizoguchi, Ana Mendieta, Jean Genet, Trisha Brown… C’est la réalité d’artistes vivants, aussi complexes soient-ils, qu’ils se nomment Herzog & De Meuron, Ghada Amer, Matthew Barney, Maggie Nelson, JR… C’est le cas de David Bowie et Amy Winehouse… Aussi opposés soient-ils, tous cherchent à dépasser les assignations historiques, corporelles et esthétiques. Chacun élaborant et explorant sa propre île. L’archipel des artistes qui débutent, déplacent et remettent en question leur art n’est pas prêt d’être englouti. Car cet archipel incalculable n’oublie pas le sens de son origine. En grec byzantin, l’archipel (archipelagos) signifie « la mer principale ».

Dans notre période écartelée entre déshumanisation et refonte du vivant, il me semble urgent de réaffirmer la singularité et la mémoire de cette « mer principale ». Les artistes ont cette capacité. Comme l’écrit Kafka, ils n’évitent pas la boue qu’ils charrient, mais ne s’y vautrent pas. Trouver une forme pour ce qu’on veut dire et se situer dans une trajectoire. Les deux, sans sacrifier l’une pour l’autre. La forme et la trajectoire. C’est le plus difficile. C’est le plus excitant.

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Maintenant que la pression repose sur les épaules de Régis Figarol, Raymundo et Guillaume Varone, pression agréable et fraternelle, regardons ce qu’ils ont à nous montrer. Évidemment, le principe d’une exposition collective est casse-gueule. Comment garder la singularité de chacun ? Ne pas les réduire à une seule vision, un thème qui enferme ? Regrouper revient souvent à aplatir. Prenons tout de suite la tangente. Les trois artistes qui se présentent à nous ont leur projet singulier et leur manière de faire. Ils ne se ressemblent pas. Nous pourrions suggérer que DEBUT est un espace à entrées multiples, où nous observons conjointement et distinctement ce qui se passe. C’est un commencement, nous verrons après comment ça évolue dans le temps. Aujourd’hui, quel est le champ d’action ? La photo (Figarol et Varone), la vidéo (Raymundo).

Trois recherches qui racontent une histoire de visages, de corps et d’élan. Trois façons de questionner le portrait (donc l’autoportrait caché), la peau, la mémoire, la géographie au sens de territoire et de déterritorialisation (donc les corps actuels). En filigrane, ce sont trois recherches sur les relations qu’entretiennent l’intimité et l’extériorité.

Dans le panorama photographique Galerie, Régis Figarol met des visages à nu, leur humanité et leur aspect implacable. Dans Memorama, Raymundo filme la course à l’envers d’un homme au milieu des montagnes, à l’ère de Google Earth, l’élan d’un homme positionné en miroir d’un cube transparent, comme un écho hypnotique au cube surveillé H-24 dans la nouvelle saison de Twin Peaks de David Lynch. Dans la série Intimité, Guillaume Varone photographie une femme et son rapport à sa chevelure, aux confins du naturel et de l’artifice.

La possibilité d’un commencement aujourd’hui !

 

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