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THIS IS MY BODY – Habi­ter le monde

novembre 5, 2018

Dans ces films et ses pho­to­gra­phies (dont ici la série « Le lan­gage des fleurs » — mais il faut se méfier des titres), mou­nir fatmi pour­suit sa lutte contre les enfer­me­ments et les exils. Ses images « n’étalent» jamais le pro­pos : elles condensent et illus­trent cer­tains bals des vam­pires et une forme de déré­lic­tion cou­pable.
Ceux qui y assistent contraints et for­cés, brefs qui en sont les vic­times tentent de s’en extir­per mais ne connaissent en retour que la soli­tude pour tout via­tique. Elle semble inhé­rente à la condi­tion humaine – du moins en ce qu’il en reste et que l’artiste trans­pose en divers glis­se­ments même si le cœur et le corps ont des moti­va­tions que la rai­son ignore..

Le créa­teur n’a rien d’un « doux rêveur » : c’est un authen­tique scru­ta­teur. Il fait res­sen­tir les trans­ferts de lieux et les dépla­ce­ments psy­chiques qui, para­doxa­le­ment, rivent l’être humain à un nœud plus qu’à un point de capi­ton. Certes, mou­nir fatmi prouve dans ses vidéos qu’il veut croire à l’humain contre la force des choses telles qu’elles sont. Son constat n’est pas dénué d’espoir bien au contraire. Le cor­pus de  This is my body (pré­senté grâce à Bar­bara Polla et Barth Jonh­son) le prouve.
Néan­moins, ce que l’artiste appelle de ses mots et de ses images, de ses rap­pro­che­ments (par exemple entre un homme est une femme) reste d’une espé­rance bien hypo­thé­tique. Mais, nous « dit » en fili­grane, l’artiste ça vaut la peine d’essayer. Comme le fit Nabil Ayouch dont il défend ici l’œuvre cen­su­rée : « Les Ciseaux » dont il res­ti­tue les scènes censurées.

Celui qui refuse que son nom et pré­nom s’écrivent en lettres majus­cules, se met ainsi au rang des per­dants et ce n’est pas une simple conver­sion par effet de sur­face. Chez un tel créa­teur, le por­tant visuel per­met de ten­ter d’ouvrir une voie entre empâ­te­ments, trans­pa­rences, gra­nu­la­tions, affleu­re­ments. Preuve que l’image comme l’amour est une affaire de chi­mie et d’alchimie.
Il s’agit de faire varier les ten­sions de lumière et ses tra­ver­sées pour ten­ter que le monde afin soit « habité » par lui et non seule­ment d’exode et d’indifférence. Bref, qu’il ne se réduise pas au peu qu’il est.

jean-paul gavard-perret

mou­nir fatmi, This is My Body, Art Bärt­schi & Cie, Genève, du 1er au 30 novembre 2018.

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