Skip to content

La noche que lo hace visible, Rachel Labastie et Nicolas Delprat dans sculpturenature

avril 13, 2018

Rachel Labastie et Nicolas Delprat ont passé la frontière pour faire œuvre dans un petit village abandonné de Navarre en Espagne : Égulbati. Sur leurs pas, nous aussi nous passons la frontière pour découvrir dans le centre d’art contemporain de Huarte, le rendu de leur travail. Partir, parcourir est déjà un écho à leur démarche et prépare à accueillir le fruit de leur temps passé à Égulbati.

En introduction à la visite de l’exposition, une vidéo de 18 mn, initie à la réflexion et à la mise en œuvre de ce projet. On voit les deux artistes prendre possession du lieu, l’investir. On voit les corps transporter, poncer, casser… Le geste comme un rituel envers/avec la matière et l’espace. Cette notion du rituel va jusqu’à une cérémonie où un four éphémère a pris la forme d’un bûcher au centre du village, une nuit de pleine lune avec autour, comme il se doit, des personnes d’ici et d’ailleurs racontant des histoires en attendant le matin et le dévoilement des objets cuits toute la nuit. À l’entour, les ouvertures des maisons, condamnées par des briques rouges et trouées par effraction, ont été souligné par la main de Nicolas Delprat grâce à un dispositif de structure en fer recouverte de peinture phosphorescente qui prend la lumière du jour et la restitue la nuit. Et le rond parfait de la pleine lune peut donner l’impression d’une histoire qui se répète depuis la nuit des temps.

La suite de l’exposition est la trace, ce qui reste de ce temps d’Igulbati. Trace du travail des artistes et traces de la mémoire d’un village de Navarre. Traces d’un présent encore vif mais achevé et traces d’un passé lointain qui résiste. De cette tension, nait une émotion qui fait déambuler lentement parmi les œuvres. Prendre les précautions d’un archéologue car bien sûr le travail des deux artistes relève de cette pratique. Faire remonter le passé et le rendre présent à nouveau. Une réactivation de la perte qui permet de reprendre le fil de la narration, de se réapproprier une histoire.

Les bâtons de Rachel Labastie tout simplement adossés à un mur blanc sont un appel à reprendre la marche. Pour revenir ou repartir mais avec toute la mémoire d’un lieu, d’un paysage, d’une vie commune. Bâtons d’argile, délicatement incrustés de morceaux de céramique, trouvés dans le village : tessons, goulots de bouteilles, bouts d’assiettes. Joie et émotion en apercevant un chiffre ou une lettre. Interrogation ou doute devant un morceau à la forme intrigante. Ces bâtons deviennent parures de diamants ou sceptres précieux d’un village de Navarre. Leur grâce fragile possède l’allant de la fierté, du courage de l’exil et de la douleur de la perte. Ils ne hurlent pas, ils murmurent leur histoire et celui d’un peuple, ils soutiennent sa marche.

Face à eux, presque à leur pied, le souvenir du four où ils sont nés. Un cercle plein de tessons de céramiques enfumées qui fait écho un peu plus loin à Ici, il y a, là, cendre, un rond de cendres sur papier, rappel de la présence de la lune cette fameuse nuit d’octobre.

Dispersées à l’entour des traces d’Égulbati, des œuvres plus anciennes de Rachel Labastie montrent son cheminement d’artiste et anticipent, augurent de ce qui va se passer dans cette résidence. Outils en terre qui creusent, haches en céramique fichées dans le mur, roue en osier se revendiquant des voyages tsiganes : autant d’objets qui traversent les temps, parlent des temps et rejoignent la ligne narrative de ce village abandonné.

Comme les maisons inhabitées du village, avec leurs fenêtres incandescentes, faisaient cercle autour du four de Rachel Labastie, les tableaux de Nicolas Delprat font cercle à nouveau en se déployant sur les murs de cette grande salle. C’est le fruit du travail mené lors de sa résidence à La Casa Vélasquez de Madrid, en prolongement de l’action entamée à Égulbati. La présence de la lumière utilisée sur les maisons prend ici possession de la toile. À la ligne blanche fluorescente du contour mémoriel d’une ouverture murée, forcée et circonscrite, se superposent des coulées, des aplats de couleurs vives qui disent le chaos de l’histoire, ses dérèglements, sa douleur. Couleurs qui sont aussi la mémoire des graffitis trouvés dans le village par l’artiste et qui sont réactivés dans le présent des toiles. Les tableaux de Nicolas Delprat donnent à voir la lumière qui persiste d’une présence humaine même si toute présence a disparue.

L’exil, le voyage, le retour, la mémoire, l’attachement, la perte, l’obscurité de l’histoire mais aussi sa lumière sont des images mentales qui trouvent dans cette exposition une expression et une forme poétique porteuses d’histoires à venir.

En savoir plus, ici

Publicités
No comments yet

Laisser un commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l'aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google+

Vous commentez à l'aide de votre compte Google+. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l'aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l'aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

w

Connexion à %s

This site uses Akismet to reduce spam. Learn how your comment data is processed.

%d blogueurs aiment cette page :