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La Grue du Japon et autres oiseaux magiques (2)

août 29, 2017

À l’oiseau invisible qui se niche toujours sous la table où l’on écrit…

Fabrice Melquiot

 

À Genève, à Analix Forever, on peut trouver jusqu’au 8 septembre d’autres oiseaux, ceux de l’artiste marseillais Laurent Perbos, qui empruntent leurs couleurs à Delaunay, à Kandinsky, à Mondrian… des oiseaux à la fois « architecturés » à la manière souvent ludique de Perbos, mais aussi des oiseaux qui pleurent, des oiseaux couronnés comme des empereurs, entre romantisme et dérision. L’artiste n’a pas hésité à investir les murs de la galerie, incluant de la feuille d’or dans ses fresques, qui bientôt se verront recouvertes de peinture blanche pour accueillir l’exposition de mounir fatmi. La vie de l’oiseau est éphémère, mais l’idée de l’oiseau est désormais scellée dans la galerie et nous l’entendrons, virtuellement, chaque matin, nous chanter Delaunay, Kandinsky, Mondrian and more… Les oiseaux invisibles se nichent ici dans les murs mêmes, tels les fantômes, le souvenir et l’attente.

Laurent Perbos a lui aussi imaginé des oiseaux en cage. Ces oiseaux que j’avais découverts, dans son atelier, émerveillée, et que j’avais emmenés avec moi pour les inclure dans une exposition alors en cours à Paris, « L’oiseau volé ».

Au premier étage d’Analix Forever, les oiseaux de Perbos, eux, chantent de nuit, car leur chant est lumière… Le rouge gorge chante rouge, les inséparables vert et arc-en-ciel. La lumière ici n’est nullement contrainte par la forme qui la contient. Elle rayonne au-delà et nous parle d’espace intérieur et de tous les possibles de notre propre condition d’êtres toujours enfermés, mais libres de pensée. La pensée, l’idée : une lumière sans ombre ?

Et tant d’autres oiseaux magiques… Fernando Prats met des oiseaux en cage pour qu’ils lui peignent ses oeuvres ; Janet Biggs filme des faucons, entre contrainte et liberté, entre fragilité et puissance ; Joanna Malinowska s’éprend de Messiaen et crée des plastrons de plumes à l’indienne ; « L’hiver de l’amour » au MAM de Paris montre, de Mat Collishaw encore, des oiseaux pris dans la glace ; pour Lyle Ashton Harris comme pour tant d’autres, la colombe est symbole de paix alors que Silent Spring de Rachel Carson nous annonce, avec le silence des oiseaux, l’ère anthropocène ; les oiseaux de Julien Serve sont eux encore de mauvais augure ; Gligorov, lui, les avale ; Paul Ardenne les écrit ou Comment je suis oiseau ; Maro Michalakakos en fait la cible de l’absurdité de certains regards portés parfois sur la beauté des femmes (et des animaux) ; Violaine Lochu les chante. Violaine Lochu est l’une des deux artistes qu’Analix Forever a récemment primés, dans le cadre de Jeune Création. Performeuse et « sound artist », Violaine Lochu, entre autres, chante oiseau.

L’Histoire de l’Art et des oiseaux est sans fin.

Tant qu’ils chantent…

Barbara Polla

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